Imbiber son peuple de manifestations ludiques, le faire chanter et danser alors même que ce peuple souffre dans son corps et dans son âme, la recette n’est pas inconnue. Elle a été, cette recette, expérimentée sous d’autres cieux par des dictateurs endurcis. Mais cette recette est obsolète, caduque, dépassée et, du reste, décriée, autant que ses géniteurs, maréchal autoproclamé, timonier déifié.
Pourtant, la recette inspire encore certains dirigeants en plein 21ème siècle. Parmi ceux-ci, Boni YAYI. Oui, les béninois savent que le dilatoire reste une arme particulièrement affectionnée par le chantre du changement. Au lieu d’affronter les problèmes en vue de leur trouver des solutions idoines et définitives, le pouvoir en place excelle à contourner les difficultés, affichant ainsi son incapacité à leur opposer des remèdes efficaces. La semaine nationale de la paix, initiée par le haut commissariat à la gouvernance concertée, avalisée, hélas par le PNUD, participe de cette logique du pouvoir en place à distraire le peuple.
C’est un secret de polichinelle que depuis l’avènement du changement, la paix, l’unité et la cohésion nationales retrouvées au sortir de la conférence nationale de février 1990 sont constamment menacées. La tension entre gouvernement et opposition, hier latente, est aujourd’hui au paroxysme. Face à la menace d’une explosion, des observateurs ont préconisé l’organisation d’une table ronde à effet de recenser les causes objectives de cette situation inconfortable pour tous, et partant, restaurer la paix. Seulement, Boni Yayi n’à jamais perçu d’un bon œil une telle rencontre avec les autres forces politique. Au contraire, chaque jour, le gouvernement multiplie les actes susceptibles de choquer, de révolter ses adversaires politiques. Le dernier en date est cette sulfureuse affaire de détournement de deux petits millions imputé au maire de Dangbo, non militant des FCBE, et qui lui vaut d’être privé de liberté. Dans cette atmosphère délétère, le gouvernement est-il bien placé pour initier une semaine nationale de la paix ?
Au demeurant, l’opposition ne s’est pas laissé endormir, elle, déjà imbue des frasques du pouvoir. Elle a, sans tambours ni trompettes, décliné l’offre de participer à la messe de clôture de ladite semaine le week-end dernier au palais des congrès, préférant vaquer à d’autres affaires que de cautionner la grotesque supercherie.
« La paix n’est pas un mot, c’est un comportement », avait déclaré feu Houphouët Boigny. Par ces mots, l’ex président de la Côte d’Ivoire invitait chaque dirigeant à cultiver la paix, non pas en la clamant ou en la déclamant à longueur de journée, mais en agissant concrètement dans ce sens. Or, pour Boni Yayi, la paix reste encore un vœu pieux, tout belliqueux qu’il est. Moise MENSAH, un rien frileux aux cotés de Boni YAYI, lors de la passation du témoin symbole de la paix, doit s’interroger sur la nature du cadeau à lui offert à travers sa nomination à la tête de ce machin de haut commissariat à la gouvernance concertée… Boni YAYI n’est pas un homme de paix.
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