Les sorties médiatiques du chef de l’Etat Boni Yayi et de son ministre de la fonction publique, Christophe Kint Aguiar au cours desquelles ils n’ont pas fait de cadeaux aux syndicalistes n’ont pas laissé ces derniers sans réaction. Les secrétaires généraux respectifs de la Cgtb et de la Csa, Pascal Todjinou et Dieudonné Lokossou dans un entretien accordé à votre journal ont affirmé que non seulement la grève des 28 et 29 juillet derniers est légale mais aussi que la défalcation annoncée sur les salaires par le gouvernement est injustifiée. Quant à l’absence de démocratie et d’alternance au sein des centrales syndicales décriées par le gouvernement, Pascal Todjinou demande plutôt au gouvernement de s’occuper de ses oignons et de laisser le soin aux militants à la base de réagir.Assemblée générale avant toute grève
Pascal Todjinou assure que le gouvernement à tort de croire qu’il faut forcément aller en Assemblée générale avant tout déclenchement d’une grève. Pour lui, même la convention de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) reconnaît la délégation de pouvoir. Aussi, il atteste que la décision d’aller en grève peut être prise au niveau des instances nationales qui peuvent agir ou décider par délégation de pouvoir. Pour Dieudonné Lokossou, le gouvernement est dans l’erreur. ’’Le ministre du travail est passé à côté lors de l’émission Zone franche sur Canal 3 et ne sauvegarde que ses intérêts. Faire une assemblée générale de tous les travailleurs avant de déclencher la grève, c’est notre cuisine interne’’ retient-il. Il fait aussi remarquer que si tant est que la grève n’était pas légitime, elle n’aurait pas eu cette adhésion massive des travailleurs et tout ce monde ne serait pas sorti pour marcher.
Défalcation sur les salaires
’’Ce n’est pas normal’’ déclare Pascal Todjinou. La défalcation par rapport à la grève des 28 et 29 juillet derniers n’a pas, selon ce dernier, sa raison d’être. Et pour cause, il avance que selon les textes qui régissent le droit de grève au Bénin, en ce qui concerne les grèves pour protester contre la violation des libertés syndicales ou pour la revendication des droits acquis, le gouvernement ne peut pas opérer une défalcation. ’’L’Etat peut être attaqué devant la Cour suprême’’ prévient-il. Rappelant à l’occasion qu’il y a eu par le passé des défalcations illégales et que la Cour a demandé que cela soit restitué mais le gouvernement a refusé de s’exécuter. Dieudonné Lokossou, conclut sur ce point : ’’Si le gouvernement défalque un franc, nous allons encore aller en grève’’ Démocratie au sein des centrales syndicales
Le gouvernement est-il en train de faire une intrusion dans le fonctionnement des centrales syndicales ? Pascal Todjinou est en convaincu. Pour le secrétaire général de la Cgtb, la démocratie règne au sein des centrales syndicales. C’est plutôt " le gouvernement qui joue le mauvais rôle et veut toucher une ruche d’abeilles qui, s’il n’y prend garde, va se retourner contre lui et le piquer ". Il fait remarquer que le gouvernement n’a rien à y voir. ’’Pourquoi c’est le gouvernement qui dénonce l’absence de démocratie en notre sein et ne laisse-t-il pas nos militants à la base réagir de leur propre chef ?’’, s’est-il interrogé.
REPUBLIQUE DU BENIN
ASSEMBLEE NATIONALE
Loi N° 2001-09
Portant exercice du droit de grève en République du Bénin.
L’Assemblée Nationale a délibéré et adopté en sa séance du 14 mai 2001 la loi dont la teneur suit :
TITRE 1 : DU DROIT DE GREVE
Article 1er- Conformément à la constitution l’Etat reconnaît et garantit à tous les travailleurs du Bénin le droit de grève.
TITRE Il : DU CHAMP D’APPLICATION
Article 2 - Les dispositions de la présente loi s’appliquent aux personnels civils de l’Etat et des collectivités territoriales ainsi qu’aux personnels des établissements publics, semi-publics ou privés, à l’exception des agents à qui la loi interdit expressément l’exercice du droit de grève.
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TITRE VI : DISPOSITIONS DIVERSES ET FINALES
Article 24.- Toute grève entraîne une réduction proportionnelle du traitement ou salaire et des accessoires à l’exception des allocations familiales. Aucune réduction n’est appliquée si l’interruption de travail a duré moins d’une journée.
Article 25.- Les grèves ayant pour motifs la violation des libertés fondamentales et des droits syndicaux universellement reconnus ou le non-paiement des droits acquis par les travailleurs, ne donnent lieu à aucune réduction de salaire ou de traitement.
Sont considérés comme droits acquis ceux qui sont reconnus d’accord parties par l’employeur et les travailleurs et à défaut de cet accord, ceux qui sont déclarés tels par une décision de justice passée en force de chose jugée.
Article 26.- La présente loi qui abroge toutes dispositions antérieures contraires, notamment celles de l’ordonnance n° 69-14/MFPRAT du 19 juin 1969, sera exécutée comme loi de l’Etat.
Fait à Porto-Novo, le 14 mai 2001
Pour le président de l’Assemblée Nationale absent,
Le premier Vice-Président,
Sacca LAFIA
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