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« L'unité de compte pour Yayi Boni est le milliard…»

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Entretien avec Dè Sodji Abéo

« L'unité de compte pour Yayi Boni est le milliard…»

Dè Sodji Abéo, président du Rpn, a le dont de ces formules qui font mal. Les derniers développements de l’actualité politique nationale ont encore fait sortir ce débatteur de sa réserve. La démission de Gbadamassi, les sanctions prises par son parti à son encontre, la création de l’Umpp, la révision de la Constitution, le découpage territorial…sont autant de sujets qu’il a abordés dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder.

 

Monsieur le président, pourquoi ne vous a-t-on pas entendu sur l’affaire « Gbadamassi » ?

 

Cette lamentable affaire a été pour moi la surprise de la stupéfaction quand je pense à ce qu’avait dit devant moi, quelque part à l’Assemblée Nationale, l’honorable Rachidi Gbadamassi. Cependant, je reviens à moi-même pour demander avec quelle logique la politique est faite au Bénin depuis la fin de la Conférence nationale des forces vives de février 1990 ? On ne fait jamais une carrière par hasard. On ne s’improvise pas politicien. C’est contre la loi de la nature. Alors, la logique commerciale qui est le volant qui avait conduit Rachidi Gbadamassi – et d’autres suivront – à la vie politique le fait fracasser aujourd’hui la tête contre le mur de la réalité. Je salue la réaction de dignité, de respect qu’ont eu l’Upr et les responsables de ce parti politique. C’est une première.

 J’avoue que l’on pouvait s’attendre de votre part à une réaction plus vive surtout qu’il est question d’une transaction qui aurait coûté des milliards de F Cfa.

 C’est normal que vous restiez sur votre faim. Mais souffrez que je ne puisse rien dire d’autre si ce n’est de louer une fois encore le mérite des responsables de l’Upr et du G13 qui ont fait preuve de responsabilité. Vous savez, l’unité de compte pour Yayi Boni est désormais le milliard. Il s’est passé quelque chose sur le plan financier dans cette stupide affaire quand bien même Rachidi Gbadamassi tente de se disculper. Je ne vois donc pas de sincérité dans les indignations des officiels de l’actuel régime sur le montant supposé de la transaction. Cela dit, Rachidi Gbadamassi n’est pas le seul à faire ce qui est maintenant la politique au Bénin avec une logique commerciale.  J’aimerais donc que les plus yayistes de la 36è heure que moi tu meures cessent par courtoisie, de dire n’importe quoi. Il est vrai que la victoire déclenche toujours des passions sans logique, ni raison. Leur diversion fait pitié.

 

A vous entendre, c’est à croire que la manière dont la politique est aujourd’hui faite au Bénin vous agace. Le confirmez-vous ?

 

Vous n’avez pas totalement tort.  La situation que font à notre chère patrie commune qu’est le Bénin ces médecins de Molière de la politique m’agace franchement.

 

Que mettez-vous dans médecins de Molière de la politique ?

 

Le latin de cuisine que parlent les gens aux sombres calculs, aux rêves inavoués pour épater Yayi Boni n’a pas une base politique, mais plutôt celui dont ils ont besoin pour eux-mêmes avant tout est du parjure. C’est ce que je voulais dire tout simplement.

 

Le samedi 16 mais passé, 180 partis politiques et 150 mouvements se sont constitués en Union pour la majorité présidentielle plurielle pour assurer, selon leurs géniteurs, la réélection du DR Yayi Boni en 2011. Que pensez-vous de cette nouvelle donne ?

 

C’est impressionnant à première vue. Vraiment impressionnant pour les incrédules comme nous. L’Umpp en France avec Sarkozy, l’Umpp au Bénin pour donner l’impression de servir la promotion politique de Yayi Boni, gloire à l’intelligence, au bon sens, à l’imagination de ceux qui animent la vie politique béninoise ! Vive notre pays qualifié de "Quartier Latin de l’Afrique " ! Je passe alors pour vous dire que l’on ne peut interdire à personne de danser plus vite que la musique.

 

Vous prenez cette machine à conquérir le pouvoir de Yayi Boni en 2011 avec ironie ?

 

C’est peu dire. L’engagement politique n’a de sens que s’il est porté par une conviction, une ardeur et surtout par un esprit de responsabilité. A ce sujet, le manque de sincérité envers soi-même et le manque de clarté envers son choix sont aussi les plaies qui rongent ce pays étrange qu’est le nôtre. Sur ce, que peut-on attendre de vrai, de palpable autour de Yayi Boni de la part de ceux qui, pour la quasi totalité, ont eu à profiter de la position politique que leur avait faite le Général Mathieu Kérékou et qui, aujourd’hui, sous Yayi Boni auprès de qui l’égocentrisme de chacun se persuade de tenir enfin le bon bout jouent les connaisseurs du Bénin, de son histoire, de sa géographie, et son histoire politique ? Le Bénin notre pays et son avenir, doivent se méfier des gens pour lesquels, l’humilité est un poison.

 

A vous écouter, vous semblez donner raison à un ancien ministre d’Etat de Kérékou qui disait de vous- pour vous barrer sans doute la route – : « Abéo est dangereux dans le verbe… »

 

A chacun de nous, l’occasion se présente souvent de dire « tant pis que tant mieux ». Alors, pour moi, outre que  la politique est aussi proche de la morale que ne veulent admettre les arrivistes, les opportunistes. Il y a également des choses qui soulèvent le cœur. Je m’en fous donc et ceci, complètement, des mouvements d’humeur qui me frapperont. La vie m’a appris toutes les techniques de combat face à la diversité. J’ai vu de près certains de cette fameuse Umpp défendre avec une rage farouche le Général Mathieu Kérékou pour me demander en les écoutant pour le compte de leur Umpp qui ne fera pas le printemps du Bénin, avec quelle sincère passion, ils peuvent encore servir Yayi Boni. Où est la désobligeance ? La création de l’Umpp est la preuve que Yayi Boni se cherche toujours.

 

On dirait que vous tenez à démolir l’Umpp.

 

Ce n’est pas mon intention. Je ne fais que dire ce qui est. La Fcbe face à l’Umpp avec le menu fretin qui a trouvé aussi jour à Porto-Novo et Yayi Boni qui se veut le Président de tous les Béninois manifestent de la bienveillance à l'égard de ces bandes, ces clans, ces factions. Il est temps de lever l’hypothèque.

 

Venons maintenant à la Lépi si vous le voulez bien. Qu’en dites-vous ?

 

Aucune contrainte ne doit peser sur nos députés. Et je leur souhaite d’avoir assez de personnalité pour ne pas tomber dans le piège d’une arrière pensée, d’un calcul diabolique. Avec calme et pour le Bénin, rien que pour le Bénin, nous examinerons cette affaire de Lépi après les élections présidentielles de 2011. Dans tous les cas, que nos partenaires au développement n’oublient pas que «  le droit du peuple à choisir librement son destin » est une disposition du droit international.

 

A cette allure, il est fort probable que vous ayez à dos les organisations de la société civile. Ne le craignez-vous pas ?

 

Non ! Pourquoi ? L’expression société civile emprunte une lecture traditionnelle des rapports de force dans un pays. Sa notion, au Bénin en particulier où elle est gérée par des gens ambiguës se prête à tous les amalgames. Etrange cette incapacité à dire qui on est dans le vrai. Dè Sodji Abéo que je suis, exprime un point de vue politique. A bon entendeur, salut !

 

Notre pays va désormais compter 29 départements. C’est une décision du conseil des ministres. Quelle réflexion faites-vous de ce brûlant sujet de l’actualité nationale ?

 

Ce ne sera pas élégant de ma part de me substituer aux élus de nos circonscriptions respectives que sont les députés qui nous représentent à l’Assemblée Nationale. Néanmoins, en  ma modeste qualité, je souhaiterais que nous enlevions, par respect pour nos morts et pour la considération de notre héritage, les masques régionalistes avec lesquels nous nous regardons tout en nous réclamant de la même nation. L’ironie des mots, rien que des mots, se lasse. Le régime Nicéphore Soglo a fait du bon travail à ce sujet. Mathieu Kérékou qui, a un degré élevé, très élevé de la notion de l’Etat s’est fait piégé dans sa faiblesse par la notion de l’amitié. Il se trouve qu’il a compris mais bien tard, que nous n’avons pas des structures adaptées pour nous permettre ce découpage de notre pays en 12 départements. La suite, au lieu d’être politique, Yayi Boni et son gouvernement nous présentent un découpage de clientélisme en vue de l’élection présidentielle de 2011. Est-ce que cela est suffisant pour que les gens, pourtant sérieux et respectables, nous offrent une telle médiocrité ? Que ne fait-on pas pour garder le pouvoir pour le pouvoir ? Triste  constatation !

 

Vous avez fortement voulu de la révision de la Constitution. Mais les gens y voient de votre part un désir farouche de faire revenir votre ami, le Général Mathieu Kérékou, sur le devant de la scène politique. Visiblement, il y a une sourde oreille à ce que tout le monde souhaite en privé. De façon concrète, est-ce qu’il est possible de dire aujourd’hui que le combat est abandonné ?

 

Le droit de l’homme qui accepte sans  frémir de l’injustice, une seule injustice, est de la foutaise. Le cap de 70 ans- regarder le monde principalement l’Asie qui nous aide- ne frappe ici, au Bénin que l’élection présidentielle. Le néocolonialisme qui veut être le bon élève de la communauté internationale et surtout de l’Union européenne, de la Banque Mondiale, du Fonds monétaire international nous enferme dans une logique étrangère à nos moeurs et coutumes. Et pourtant, tout cet ensemble ne nous demande pas tant de soumission. Combien d’années d'esclavage faudra-t-il encore à l’homme noir pour avoir sa liberté, sa liberté de choix ?

 

On ressent un brin de patriotisme dans ce que vous dites. Est-ce par hypocrisie ou par sincérité ?

 

Je vous remercie. Je vous remercie sincèrement. Je ne ferai jamais de l’hypocrisie surtout que cela ne me rapportera rien. Sachez cependant que c’est pour déstabiliser l’Afrique que nous voyons maintenant et pensons faire quelque chose de vrai avec une Constitution qui ne nous ressemble  pas si ce n’est simplement pour autoriser les cadets sans repères, sans expériences politiques avérées, sans caractère, à pousser dehors leurs aînés du champ d’action tout en voulant leur bulletin de vote. Les 70 ans qui sont seulement pour l’élection présidentielle sont une insulte  à nos collectivités réciproques, à nos parents. Le respect pour le sacré en Afrique dit que c’est au bout de la vieille corde qu’on tisse la nouvelle. Mais pour l’avenir qui est en jeu, la nouvelle va se construire avec qui ? Se construire autour de quoi ? Il nous faut un référendum pour remettre les pendules à l’heure. L’aura du Général Mathieu Kérékou qui fait peur est un manque de respect pour l’Afrique. Yayi Boni à Parakou le 1er août dernier a donné la parole du Président de la République pour soumettre la révision de la Constitution au nom de la nation, la nation, appellation qu’il affectionne, à l’avis du bureau de l’Assemblée Nationale. Qu’il tienne alors parole, si notre nation a un sens respectable dans son esprit.

 

Et s’il ne le fait pas ?

 

Dans ce cas, l’histoire jugera.

 

Et qu’allez-vous faire ?

 

Je chercherai d’abord à rencontrer le Général Mathieu Kérékou pour lui dire mes impressions sur quelqu’un. Car si nul n’échappe totalement à son destin, nul ne peut être un Chef d’Etat digne et respectable sans sa volonté.

 

Avez-vous un candidat en vue pour 2011 ?

 

Le Bénin nous appartient tous et la démarche régionaliste ne rencontrera pas mon accord bien que les comportements de quelques uns y poussent. Le Sud a des considérations pour l’autre, pour son histoire à régler avant tout. Sans quoi, cette partie du Bénin sera toujours une pleureuse. Que l’on m’aime ou pas, de part mon origine, mon nom, et je crois, ma personnalité, je suis, semble t-il, un grand poids dans Porto-Novo. Mais qui veut tenir compte de cela ? Qui veut considérer et respecter cela ? L’histoire est du passé. Vive la République, son école et l’argent sans origine qui achète les symboles et qui également, piétine tout, bafoue tout ! Je ne peux faire du suivisme malgré la souffrance que l’on me procure. Je sais y faire face. Combien le peuvent ? Il n’empêche que je suis prêt à rencontrer qui le voudra et qui veut de moi sans hypocrisie. Pour le reste, je sais que, je ferai campagne. Mais il me faut d’abord rencontrer le Général Mathieu Kérékou. Car c’est le seul qui constitue pour moi un modèle en politique.

 

Propos recueillis pour « La presse du Jour » par Affissou Anonrin

 

Commentaires

avatar Bokossa hervé k J
0
 
 
Les dernières dérives politiques orchestrées sous le régime en place montrent combien il apparaît important que le travail d-éveil et d'éducation de la population pour une alternance en 2011 soit davantage visible et que tous les canaux de communications nécessaires soient utilisés. En tout cas nous en avons beaucoup à y gagner chers Messieurs.
vendredi 14 août 2009, 21:18
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